Lundi 13 août 2007

Revenons donc à l'espiègle Sun Wukong et à sa pittoresque compagnie: le moine Tang Seng,  Zhu Bajie (prononcer Djou Ba Tie), porc glouton et graveleux sans oublier Sha Seng le moine Sable.  Leurs pérégrinations ont inspiré de nombreux auteurs de bande dessinée chinoise. Dès les années 20 un "lianhuantuhua" (terme difficile à traduire mais qui se rapproche de nos "illustrés") met en scène les aventures du roi-singe. Les dessins ont les qualités et les défauts du lianhuanhua de cette période: spontanéité et fraîcheur du trait, narration parfois décousue et inspirée des codes de l'opéra, surabondance des symboles à l'attention du lecteur comme si la représentation  graphique ne se suffisait pas à elle-même. 

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A ma connaissance un des artistes qui a su le mieux tirer parti de cette oeuvre est Liu Jiyou, selon beaucoup le père du lianhuanhua moderne. A travers trois lianhuanhua tout aussi inventifs que  variés il a su renouveler le thème du roi-singe en explorant un aspect souvent occulté du personnage: la cruauté animale du héros, son absence de mesure et sa violence effrénée.  Dans ces livres Wukong a l'aura d'une créature sans maître, éprise de liberté et de justice et rebelle à la tyrannique hiérarchie céleste.


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C'est dans 大闹天宫 (Le roi-singe sème le trouble au palais céleste) qu'il va le plus loin dans cette voie. Le Roi-singe y a l'aspect  d'une figure prométhéenne aux prises avec des puissances célestes qui ont tout en réalité de puissances infernales. C'est une vision hallucinée et cauchemardesque de ces affrontements que l'artiste nous donne à voir. La beauté à couper le souffle de cettte fresque offre toute sa mesure au pinceau visionnaire et épique de Liu Jiyou.


couv7.JPGC'est une figure bien plus mutine qui est mise en scène couv6.JPGdans la série de lianhuanhua que les éditions d'art de Shanghai ont publié dans les années 50-60 . L'oeuvre est destinée à un public enfantin. Le personnage de Zhu bajie est d'ailleurs mis en avant. Sa bouille de goinfre, sa paresse et son caractère épais ont tout pour faire sourire et même rire ce public. Le versant imaginaire de l'oeuvre est exploité à plein, avec des figures de démons torturées à
souhait et des goules aussi hideuses que possible. 



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couv1.JPGUne série plus complète est celle des éditions d'art du Hebei. couv12.JPGCommencée dans les années 50 elle donnera lieu dans les années 80 à une adaptation intégrale de l'oeuvre. Certains épisodes sont signés de grands artistes, notamment     三盗笆蕉扇  (les trois vols de l'éventail magique) et  大脑通天河 (Sun Wukong ravage la rivière Tongtian) avec ses cohortes de démons  et son ambiance de sabbat. 



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Autre série non dépourvue de qualité  le Xiyouji des Editions d'art du Hunan pèche cependant par la piètre qualité de son tirage. La beauté du graphisme de nombreux épisodes se devine plutôt qu'elle ne s'admire. Dommage, car certains livrets sont vraiment superbes. 

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Revenons en arrière pour évoquer deux oeuvres singulières: le Xiyoumanji de Zhang Guangning et Le Roi-singe et la sorcière au squelette de de Zhao Hongben et Qian Xiaodai. 

Le 西游漫记 (ou  manhua du Voyage en occident ) date de 1945, c'est une oeuvre de dénonciation marquée par les tourments de la guerre mondiale. Wukong est le spectateur éberlué des atrocités qui viennent de se commettre. Les démons sont ceux, bien humains, qui les ont présidées. On y reconnaît Hitler, Hiro-Hito et Mussolini. Les teintes criardes et le trait grotesque contribuent à plonger ce pamphlet anti-guerre dans une ambiance onirique et irréelle.

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couv5.JPGAutre oeuvre marquante, 孙悟空三打白骨精 (Le Roi-singe et la sorcière au squelette) est un sommet esthétique signé par deux vieux routiers du lianhuanhua, Qian Xiaodai et Zhao Hongben.  Cette oeuvre place l'art du lianhuanhua à son apogée et a été couronnée à juste titre lors du premier festival consacré au genre en 1963. Il semble que les deux auteurs se soient partagé le travail (c'est ainsi d'ailleurs que les artistes travaillaient dans les années 30/40), l'un se consacrant aux paysages, l'autre aux personnages. Remanié en 1972 lors de sa réédition (certains paysages ont été redessinés, beaucoup de détails ont été simplifiés) l'ouvrage n'a cependant en rien perdu de sa magie malgré ce que certains perçoivent comme un charcutage.


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par shidaifeng publié dans : héros
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Dimanche 5 août 2007

palais-aquatique.JPGCe singe c'est Sun Wukong, le héros du roman du 16ème siècle  Le voyage en occident de Wu Cheng'en. Tour à tour être cruel et malicieux, démiurge intraitable mais parfois impuissant, créature héroïque et inquiétante, Sun Wu Kong est une figure à la fois complexe et attachante. 

En Chine le mythe du roi-singe est tellement ancré dans l'imaginaire populaire qu'il aurait été étonnant que le lianhuanhua  ne s'en empare pas.

火焰山, de Dong Tianye.

De fait, le Voyage en occident a connu une fortune considérable dans la bande dessinée chinoise, des adaptations parodiques de l'époque Guomindang (certaines insistant particulièrement sur l'aspect rabelaisien de l'oeuvre: voir illustration) jusqu'aux prolongements intergalactiques du Nouveau Voyage à l'Ouest des années 80 en passant  par des classiques tels que Le Roi-singe bouleverse le Palais Céleste de Liu Jiyou.

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Une parodie des années 40: le Roi-singe bouleverse le pays des  pets!   Xiyoumanhua, de Zhang Guangning (1945)


Mais avant d'aller plus loin commençons par nous familiariser avec l'intrigue et les personnages de cette vaste épopée: Sun Wukong est un dieu-singe aux pouvoirs sans limites qui se mesure aux plus formidables divinités et leur inflige de sévères défaites. Indestructible, il résiste  à tout lors de sa capture et finit par répandre la terreur au sein du Palais Céleste. Mais le Bouddha et la déesse de la Miséricorde s'emparent de lui et le condamnent à une réclusion de 4 siècles enfermé à l'intérieur d'une montagne (c'est d'ailleurs le sens historique de l'oeuvre ,qui consacre la prééminence du bouddhisme sur le taoïsme). Il sera finalement délivré par le moine Tang Seng (qui  a bel et bien existé) et doit en guise de rédemption accompagner celui-ci à la recherche des livres sacrés pour une longue pérégrination vers l'ouest. En cours de route se joignent à eux un dragon qui se muera en monture pour Tang Seng, un porc, Zhu Bajie (surnommé Zhu Wuneng, le cochon incapable), glouton et grivois ainsi que Sha seng ( littéralement "le moine sable").

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Tang Seng, accompagné de Sha Seng à droite et de Zhu Bajie à gauche est protégé des démons  par un cercle magique tracé par Sun Wukong.



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Sun Wu Kong contre les démons (Ed. d'art du Hebei)

Le déroulement des épisodes est assez répétitif: Durant leur cheminement vers l'ouest Wukong et Tang Seng croisent la route de nombreux démons avides de goûter la chair du moine, censée leur garantir l'immortalité.  Mais  Sun Wukong finit par déjouer leurs pièges et rendre leur forme première à ces créatures avant de les anéantir. C'est cette lutte perpétuelle, rythmée par les recours à Guanyin ou à Bouddha, que nous raconte le Voyage en occident. 

Voici en attendant une présentation plus détaillée un avant-goût de ces aventures:

Le Roi-singe va d'abord s'initier aux lois du Dao et apprendre à contrôler ses pouvoirs:

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Extrait d'un album de Liu Jiyou, 筋斗云



Plus tard il s'empare d'un bâton en fer qui devient son arme principale, le fameux 金箍棒:
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Sun Wukong, armé de son bâton de fer, se multiplie en soufflant sur une touffe de  poils pour attaquer les démons.



Insatisfait du rang indigne qui lui est réservé au Palais céleste, il se révolte. Les dieux se coalisent contre lui: on a affaire ici à une divinité terrible et belliqueuse.


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Deux images tirées du Roi-singe bouleverse le ciel, encore un chef-d'oeuvre de Liu Jiyou.


Grâce au moine Tang Seng Sun Wukong  (qui devient son disciple) peut se racheter en effectuant un pélerinage vers l'ouest.


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Hélas démons et goules pullulent.  Ici, la sorcière au squelette se métamorphose trois fois pour tromper Tang Seng, malgré les avertissements de son disciple.


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Sun Wukong bat trois fois la sorcière au squelette
, oeuvre de Qian Xiaodai et Zhao Hongben


Les adaptations de 西游记 sont innombrables et il m'est impossible d'être exhaustif. Cependant j'évoquerai la semaine prochaine quelques albums qui me paraissent essentiels.


par shidaifeng publié dans : héros
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