Lundi 27 août 2007

  Quelques mots avant de vous parler de ce grand artiste. Je vais devoir ralentir le rythme de publication de mon blog, non pas faute de motivation ou par manque de matière , mais pour des raisons plus prosaïquement professionnelles (la fin des vacances approche et je n'aurai plus autant de temps à consacrer à ce site). Donc  avis  à mes  (très) rares lecteurs, vous me lirez moins souvent, mais je continuerai tout de même à alimenter cet espace en articles. On n'a encore rien dit sur ce genre, et il reste tellement d'artistes talentueux et de belles oeuvres à découvrir.

 wanghongli.jpgWang Hongli est un nom inconnu en France. En Chine-même alors que les noms de He Youzhi, Dai Dunbang, Wang Shuhui ou Zhao Hongben résonnent familièrement auprès du public ce grand dessinateur ne semble être apprécié que par les cercles d'amateurs de lianhuanhuas que j'évoquais la semaine dernière. Eux-mêmes lorsque vous leur citez son nom l'associent spontanément à deux oeuvres des années 50 que je présenterai plus bas. Pourtant ce maître du dessin, malgré sa maigre bibliographie (si l'on la rapporte à sa longue période d'activité) mérite mieux que les quelques lignes que l'on trouve sur des sites exclusivement chinois. 
  Alors artiste maudit? Certes non. Mais largement incompris car trop éloigné des canons et des stéréotypes du genre et surtout  fascinant explorateur d'une ""surréalité" dérangeante.

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    Originaire du nord-est, Wang Hongli a commencé à publier des lianhuanhuas au début des années 50 pour la maison d'édition du Dongbei devenue par la suite le  "Liaoninghuabao" (l'illustré du Liaonning). Après deux récits contemporains et militants il livre un épique "Zheng Chenggong" qui retrace la reconquête de Taiwan par un général de la dynastie Ming. Thème bien sûr très politique (le passé est ici une référence directe à la situation de l'île, toujours problématique à l'heure actuelle pour le pouvoir chinois) mais qui offre au lecteur le frisson d'un beau récit historique.  Le livre est un succès et confère à Wang Hongli une renommée. 

    Après deux récits d'espionnage (avec cette obsession présente dans les bandes dessinées de cette époque  d'une cinquième colonne capitaliste  tapie derrière chaque fourré ) Wang Hongli fait paraître en 1956 son oeuvre la plus célèbre, "15 guan" (les 15 colliers de sapèques), d'après un opéra de la dynastie Ming. C'est une sorte de récit policier déguisé en drame, avec ses acteurs inaltérables: la victime, immanquablement assassinée de manière atroce, son assassin, bon à rien pervers et cupide dont les manigances visant à faire condamner à sa place un malheureux couple (dont la belle- fille de la victime) échoueront face à la sagacité et à l'obstination d'un juge intègre. Le bon à rien est remarquable: torturé à souhait, son physique grotesque et animalisé, sa dégaine de paysan retors en font un personnage inoubliable, jusque dans les dernières scènes où, rongé par le remords et par la peur d'être démasqué il se révèle au juge. Quant à celui-ci, loin d'être un héros infaillible il semble agir avec toute la bienveillance d'un homme conscient malgré tout de la noirceur de ses congénères. D'autre part la variété des compositions rompt avec la monotonie des lianhuanhuas précédents et introduit  dans le genre un dynamisme  de la mise en scène qu'on pourrait croire cinématographique avec ses contre-plongées surprenantes, ses diagonales inquiétantes et ses plongées révélatrices. 


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            tianxiqnpeicouv.jpg                                                                                                                                          L'oeuvre suivante, de la même année, est un récit en couleur: "Tianxianpei", traduit par "Une union céleste", encore inspiré d'un opéra, l'histoire d'un amour impossible entre une fée du Palais céleste et un simple mortel. S'il est normal que les artistes, confronté à un régime autoritaire, pour ne pas dire plus, aient tendance à se réfugier dans l'imaginaire, cet attrait de Wang Hongli pour l'étrange, le fantastique et le merveilleux relève d'une véritable idiosyncrasie.



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La veine fantastique est pleinement exploitée dans trois adaptations du "Liao Zhai" (Contes du Cabinet des loisirs) de Pu Songling: "Wang Zhe" (le roi), "Meng Lang" (rêver de loups, cauchemar sanglant et atroce que l'on pourrait qualifier de conte d'horreur, et "Laoshan Daoshi", une histoire de taoïstes lancés dans une compétition de magie).  En voici quelques images:



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   Comme vous vous en doutez si vous avez lu ce qui précède le milieu des années 60 a vu sa production se tarir.  Sa dernière parution durant cette décennie remonte à 1962. Après une participation à une série ("Luoyang Gugong Chuanshuo": le conte du palais impérial de Luoyang) au milieu des années 70 Wang Hongli renoue pleinement avec le lianhuanhua  en 1980 et livre une oeuvre majeure: une biographie de Zhang Qian, héros médiéval chinois, prisonnier des Mongols pendant plusieurs années, et qui pendant sa captivité parvient à assimiler leur langue, leurs coutumes et leur connaissance profonde du désert et de ses secrets. Après s'être évadé il rejoint l'empereur Tang à qui il révèle ses connaissances et lui permet ainsi de repousser les envahisseurs. La dernière page constitue une sorte de mise en abîme, avec un livre dans le livre qui semble à la fois souligner le caractère légendaire du récit et nous dire: "voilà, cette vie, résumé de tant d'années de souffrance et de privations, marquée par la guerre, la mort des compagnons, l'exil et les rudes conditions du désert, n'est plus, il n'en reste que ces quelques pages".




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    J'en viens maintenant à mes deux oeuvres préférées: l'une est tirée du cycle romanesque "Au bord de l'eau", l'autre est une extraordinaire adaptation d'un célèbre conte taoïste, "Le rêve du millet jaune". 



























    Je vous laisse apprécier la magie du trait, le mouvement  et la finesse de la composition de ces cases. Wang Hongli a je trouve un  talent incomparable pour saisir l'animalité et la cruauté de ce personnage.


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   "Le rêve du millet jaune" est une parabole sur l'inconsistance et la vanité des honneurs et de la gloire. Le héros est un jeune lettré candidat aux examens impériaux qui , après avoir rencontré sur son chemin un taoïste, fait escale dans une auberge. Il s'assoupit et les aventures qui vont se dérouler par la suite  (qui vont le mener au sommet de la puissance pour le faire choir ensuite dans une déchéance humiliante) seront le produit d'un rêve dont le héros ne se réveillera qu'à la fin du récit, pour constater que la vie n'est qu'un songe vain et que tout n'est qu'apparence! Ce chef-d'oeuvre n'est paru que quinze ans après avoir été dessiné.

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Dimanche 29 juillet 2007

Comme je l'avais annoncé la semaine dernière voici quelques lignes sur Cheng Shifa, un artiste et auteur de lianhuanhua qui vient de disparaître il y a quelques semaines. Si j'en parle ce n'est pas seulement pour coller à l'actualité mais aussi parce que lui aussi , comme Wang Shuhui, est emblématique de ces artistes éclectiques fortement marqués par la tradition picturale chinoise. C'est aussi une figure du lianhuanhua, qui malgré ses défauts (didactisme idéologique parfois pesant, lourdeur des récitatifs, monotonie de certaines compositions) mérite qu'on s'y intéresse, ne serait-ce que sur le plan historique. En naviguant sur internet j'ai constaté qu'on parlait souvent de "la bande dessinée chinoise" sans faire mention de son existence, ou en cantonnant ce genre à des oeuvres de pure propagande (ce qui du reste est vrai durant la Révolution Culturelle). Simple méconnaissance ou volonté délibérée de privilégier la production  actuelle?  Difficile de trancher. Il n'en reste pas moins que la bande dessinée chinoise a une histoire, qu'elle n'est pas née d'hier, et que sa production ne se résume pas à un réchauffé de vieux plats japonais ou hong-kongais à la sauce manga. 

Cheng Shifa, l'illustrateur des minorités chinoises.
Connu pour l'adaptation d'un récit fantastique du Liaozhai  (Contes du pavillon des loisirs) de Pu Songling, Cheng Shifa excelle aussi dans le domaine du conte folklorique et la peinture des minorités du sud-ouest de la Chine.
Ebing et Sangluo est l'une de ces oeuvres, qui plonge dans le Yunnan des Dai.
Pour présenter cet ouvrage je préfère céder ma plume à celle bien plus  poétique et évocatrice de Jean-Pierre Diény, auteur d'un ouvrage sur le livre pour enfants en Chine, Le monde est à vous (Collection témoins, Gallimard): 
"Comme autrefois les amants séparés Liang Shanpo et Zhu yingtai, Ebing et Sangluo périrent plutôt que de renoncer à un amour que leur interdisait la société féodale. Idéalement beaux et destinés l'un à l'autre par la rumeur publique, ils s'aimaient avant même de se connaître. Mais leurs mères, qui avaient en vue d'autres mariages, usèrent de force et de violence pour les séparer. Après la mort d'Ebing et le suicide de Sangluo, une liane unit leurs deux tombes, puis un jour, ayant pris feu, projeta deux étoiles au ciel, de part et d'autre de la Voie Lactée. La beauté du lavis est digne dans ce chef-d'oeuvre de la séduction du récit, qui passe de l'humour au pathétique et à l'horreur d'un ton direct et sans emphase.(...) La persécution qu'ils subissent apparaît comme un effet de l'obscure fatalité qui les voue à l'amour et à la mort. Le charme du récit tient d'ailleurs au mystère de ce destin, que rappellent à chaque page des pressentiments, des coïncidences ou des prodiges."DSCF5364-copie-1.JPG
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Autre oeuvre de Cheng Shifa 姑娘与八哥鸟 (Le geai à l'épingle de jade) s'inspire également du folklore des minorités  chinoises:

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Traduit en français (parution aux Editions en langues étrangères, 1965) Le prince intrépide et la Princesse Pannona est très proche des oeuvres précédentes: on y retrouve  la trame narrative du conte, l'exotisme des paysages et des personnages ainsi que la délicatesse du lavis.

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Histoires à dormir debout

Une des oeuvres fétiches des illustrateurs et auteurs de lianhuanhua est le Liaozhai (Contes du pavillon des loisirs).  Trois collections de lianhuahua y ont été consacrées, sans compter les ouvrages isolés qui eux sont innombrables. 画皮 (La peau peinte) est  l'un d'eux.  Il conte la mésaventure du lettré Wang, séduit par une jeune beauté qui s'avère être un démon. La peau peinte est celle dont se revêt le démon (image du centre) afin de tromper le lettré. Sur l'image de droite une ombre inquiétante (celle du démon) se dessine derrière la silhouette de l'accorte jeune femme. Seule l'intervention inopinée d'un sage taoïste sauvera l'imprudent Wang!
 
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Autre série d'histoires fantastiques, 不怕鬼的故事 (histoires où l'on n'a pas peur des fantômes) est parue dans une édition agrémentée de plusieurs hors-textes de l'artiste dont voici la couverture (en traduction anglaise pour les Editions en langues étrangères):

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L'artiste y abandonne le lavis pour le dessin à l'encre de Chine.


Enfin pour clore cette présentation un peu désordonnée encore un mot au sujet de 胆剑篇 (qui doit se traduire par quelque chose comme Le récit de l'épée audacieuse mais je suis preneur de toute suggestion ou correction à ce sujet). Il ne s'agit plus d'illustration mais d'un véritable lianhuanhua à l'encre de Chine. La veine est épique et la manière renouvelée.

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Bien sûr cette brève présentation est loin de résumer l'oeuvre de Cheng Shifa, ni dans le cadre du lianhuanhua et encore moins dans le domaine pictural (où sa production est immense) mais ce bref aperçu, certes parcellaire et subjectif aura le mérite j'espère de vous amener à jeter un regard sur une oeuvre séduisante et originale.



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Samedi 21 juillet 2007

Quelques précisions: j'ai ajouté quelques images par rapport à la version mise en ligne lundi. Par ailleurs le peintre et illustrateur Cheng Shifa étant décédé jeudi dernier je ferai la semaine prochaine une brève présentation de cet artiste. Mais je vous invite d'abord à lire ces quelques lignes sur Wang Shuhui et à apprécier la beauté de son univers visuel.

Uimages.jpgne oeuvre entre bande dessinée et
peinture traditionnelle.
Wang Shuhui s'est éteinte en 1985, laissant derrière elle une oeuvre singulière, d'abord par son esthétique, son style immédiatement reconnaissable, au trait assuré et plein, à la ligne ferme et harmonieuse, aux compositions alternant vides et pleins selon les règles de la peinture chinoise traditionnelle (Guohua). C'est d'ailleurs là que Wang Shuhui puise son inspiration, sans les complexes qu'ont pu connaître les auteurs de bandes dessinées occidentaux vis-à-vis de leur propre tradition artistique. Le lianhuanhua est un genre qui a joui très vite d'une certaine légitimité en Chine, recevant dès les années 30 la caution d'écrivains reconnus tels que Mao Dun et même  Luxun (auteur de plusieurs articles prenant la défense du genre et le comparant à l'art du vitrail dans les cathédrales gothiques). Dès 1950, un an après la fondation de la République Populaire de Chine, le pouvoir réunit les meilleurs artistes et leur enjoint de se lancer dans la production de lianhuanhua à destination du peuple afin "d'éduquer les masses". 


Quelques-uns sont autodidactes (He Youzhi), d'autres 428-1.jpgont fait leur apprentissage dans les ateliers d'avant-guerre (c'est le cas de Qian Xiaodai), certains enfin ont été formés dans des écoles de beaux-arts. Wang Shuhui, elle-même diplômée de l'Institut des Beaux-Arts de Pékin, est alors une  artiste expérimentée, qui exerce depuis vingt ans déjà en tant que peintre de "guohua" et professeur d'arts plastiques. Malgré une production prolifique (un millier de rouleaux) elle ne retient aucune oeuvre de ces vingt années, dont les conditions matérielles difficiles lui ont imposé un travail essentiellement alimentaire.                 

DSCF5630.JPGSi les sujets contemporains (hagiographies de travailleurs héroïques, récits sur la vie rurale) ont la faveur du Parti les auteurs de lianhuanhua ont cependant la faculté de choisir leur matière et de se forger leur propre style graphique, loin des canons imposés du "réalisme socialiste" jdanovien. alors en vogue en URSS.  Liberté de création (évidemment dans les limites du dogme maoïste) et indépendance matérielle (les artistes sont des salariés) expliquent l'essor qualitatif du lianhuanhua à cette époque. Pour Wang Shuhui, c'est la possibilité de produire selon son goût, de perfectionner et d'approfondir son art tout en renouant avec l'héritage du "guohua" qu'elle entend faire renaître et dépasser dans le cadre de cette nouvelle bande dessinée chinoise.

Une inspiration "féminine"
DSCF5444.JPGCette singularité s'affime également dans le choix de ses sujets: Wang Shuhui est une femme, chose peu courante dans cet univers essentiellement masculin, et a principalement représenté des personnages de femmes: héroïnes guerrières (Mulan, les veuves du clan Jiang), amoureuses bafouées dans leur passion contrariée (Le dit du Pavillon de l'Ouest, Les paons volent vers l'est rebaptisé dans sa traduction française Les amants fidèles à leur serment, Liang Shanpo et Zhu Yingtai ou la légende des amants papillons, équivalent chinois de notre Tristan et Iseult). Cette prééminence des personnages féminins est l'autre trait distinctif de son oeuvre.
 

Un parcours éclectique
DSCF5635.JPGLe premier lianhuanhua signé de Wang Shuhui raconte l'histoire de Hua Mulan, la célèbre héroïne chinoise qui dut se travestir en homme afin d'éviter la conscription à son père et qui par son génie militaire parvint à vaincre les hordes barbares aux marches de l'empire. Les deux oeuvres suivantes puisent aussi leur inspiration dans la Chine ancienne: Mengjiang nü et Mozi Qiu Song (ou Mozi sauve le royaume de Song) en 1951. Suivent des oeuvres de propagande, genre auquel elle sacrifie pendant trois années. L'année 1954 est particulièrement féconde en chefs-d'oeuvres: Kongque Dong nanfei (ou les paons volent vers l'est, récit d'une tragédie amoureuse) ainsi que la légende fameuse des amants papillons Liang Shanpo et Zhu Yingtai mais surtout la première mouture (en couleur) du Xixiangji (Dit du pavillon de l'ouest), oeuvre qu'elle va s'attacher à reprendre dans une version beaucoup plus longue et cette fois-ci en noir et blanc.

Xixiangji, ou le Dit de du pavillon de l'ouest.
xixiangji.jpgArtiste exigeante et perfectionniste, elle met plusieurs années pour achever cette deuxième mouture du Xixiangji, qui sort en 1957 dans la collection des "Histoires de l'opéra de Pékin".  Inspiré d'un opéra célèbre de la dynastie Yuan, l'ouvrage raconte les amours malheureuses de Cui Yinyin et Zhang Junrui. L'oeuvre est couronnée dans les années 60 lors du 1er festival de lianhuanhua de Chine.  Sa réussite est telle que sa renommée dépasse  le cadre de la bande dessinée et les meilleurs maîtres contemporains du guohua considèrent l'artiste comme l'un des leurs. Il est d'ailleurs courant de l'appeler "Wang Shuhui Xiansheng" , littéralement "Monsieur  (qu'il faut entendre comme Maître) Wang Shuhui". 



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Shengsipai, un lianhuanhua sous le signe de l'opéra .
La dernière oeuvre de l'artiste avant la Révolution culturelle est un livre en couleur, adapté d'un opéra classique du Hunan. Shengsipai (récit d'une erreur judiciaire réparée par les bons soins d'un fonctionnaire intègre) paraît en 1962, et rompt délibérément avec tout réalisme. Les décors sont à peine esquissés et se résument parfois à un fond noir, les personnages sont ceux de l'opéra  chinois dont ils portent les costumes et les masques. Les codes et la trame fortement dramaturgique  de l'oeuvre appartiennent à ce même univers. Chaque image est un tableau et le tout se situe à la frontière entre lianhuanhua et illustration. Expérience esthétique originale et qui s'écarte des codes du lianhuanhua ainsi que de tout ce que l'artiste  avait dessiné auparavant Shensipai constitue une tentative intéressante de renouveler un genre. C'est aussi pour Wang Shuhui une manière de renouer avec un art qui la fascine depuis l'enfance au point qu'elle ait envisagée d'y faire une carrière.




Un  long sommeil créatif
En 1966 éclate la Révolution culturelle, dont on pouvait ressentir dès 1964 les signes avant-coureurs sur le plan artistique. Depuis quatre ans, Wang Shuhui n'a plus rien produit (Zhao Mengtao, une biographie d'ouvrière modèle commencée dans les années soixante, ne paraîtra qu'en 2001).  En 1966 donc, les lianhuanhua jugés "réactionnaires" ou censés offrir une présentation trop séduisante du passé impérial sont passés au pilon. En août de la même année, les librairies sont fermées. C'est le début d'un très long silence. 

Sa dernière oeuvre: Yangmen nüjiang
DSCF5626.JPGAprès la longue parenthèse traumatisante de la Révolution Culturelle,  il faut encore attendre quelques années pour lire les rééditions de ses oeuvres.  Parallèlement en 1978 paraît Yangmen Nüjiang, une de ses oeuvres les plus achevées,  qui retrace l'histoire des femmes du clan Jiang. Ces guerrières, à la mort de leurs maris, remplacent ceux-ci au combat et remportent de brillantes victoires. Inaugurant une nouvelle manière de l'artiste, l'oeuvre, toujours dessinée à l'encre de Chine, est dominée par un trait épuré, une alternance de pleins et de vides ainsi qu'un mouvement plus vif dans la narration. 


Après cette réussite Wang Shuhui se lance dans un sujet qui lui tenait à coeur depuis longtemps   : un recueil autour des personnages du Rêve dans le pavillon rouge, roman qui figure parmi les plus grands classiques de la littérature chinoise. Dès 1957 elle en avait dessiné quelques pages mais l'oeuvre avait été perdue par une employée de maison d'édition maladroite. Décor d'une riche demeure de la Chine impériale,  personnages féminins à la complexion délicate, récit d'un amour contrarié sur fond de chronique sociale (la vie d'une riche famille dans la Chine du 18ème siècle), tous les thèmes fétiches de l'artiste sont réunis. Malheureusement l'artiste meurt avant d'avoir achevé ce projet, dont il ne subsiste que quelques feuillets.

Artiste peu prolifique (21  oeuvres en 31 ans), Wang Shuhui a néanmoins marqué de son empreinte le lianhuanhua et lui a donné quelques-uns de ses principaux chefs-d'oeuvres.

Bibliographie
Malheureusement il n'existe que très peu d'ouvrages de Wang Shuhui traduits en français ou en anglais: 
Les amants fidèles à leur serment, Editions en langues étrangères, Pékin, 1957.
Le Dit du pavillon de l'ouest, Editions en langues étrangères, Pékin, 1958.
Ces éditions sont pratiquement  introuvables actuellement, même en Chine. 
Si vous lisez le chinois en revanche il est possible de se procurer ses principales oeuvres en réédition auprès des Editions d'art du peuple (人民美术出版社). En 2002 est parue une magnifique édition de luxe  comprenant:
Xixiangji (西厢记, version de 1954 en couleur),Xixiangji (西厢记, version de 1957 à l'encre de chine),Kongque dongnan fei (孔雀东南飞),Liang  Shanpo yu Zhu Yingtai (梁山泊与祝英台),Yangmen nüjiang (杨门女将).
Enfin sur l'art de Wang Shuhui un livre (en chinois) 中国现代名家画谱,王叔晖, 人民美术出版社,2001。

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Liens internet:
Un  lien vers la page consacrée à Wang Shuhui sur le site des Editions d'art du peuple:
http://www.renmei.com.cn/about/dtls.php?id=90
Vous pourrez y admirer quelques images tirées du Xixiangji en couleur. 
Sur le site de Cartoonwin (
www.cartoonwin.com) vous trouverez quelques articles en chinois sur Wang Shuhui.

 

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